La coopérative interbancaire Swift a annoncé le 9 juillet que son registre partagé fondé sur la blockchain était prêt à l’emploi, avec dix-sept grandes banques réparties sur six continents qui s’apprêtent à tester des paiements transfrontaliers en dépôts tokenisés.
L’initiative fait entrer l’infrastructure qui achemine la messagerie bancaire mondiale dans le monde des actifs numériques. Swift relie environ 11 000 institutions dans plus de 200 marchés, et achemine en deux à trois jours un volume de valeur équivalent au produit intérieur brut mondial. Un registre commun capable de fonctionner la nuit et le week-end viserait à combler l’un des angles morts des virements internationaux, aujourd’hui suspendus hors des heures ouvrées des systèmes de règlement.
Ce que le registre permet
Le dispositif laisse chaque banque émettre sur son propre registre une version numérique de la monnaie qu’elle détient en dépôt, appelée dépôt tokenisé. Swift coordonne le déplacement de ces jetons d’une banque à l’autre, le règlement final continuant de passer par les circuits de paiement existants. Concrètement, les établissements pourraient déplacer des fonds de clients en dehors des heures d’ouverture, week-ends compris, ce qui n’est pas possible sur les rails actuels.
« Avec notre nouvelle capacité de registre, nous étendons la confiance et la stabilité de la finance établie jusqu’aux frontières de la monnaie numérique », a déclaré Thierry Chilosi, directeur des activités commerciales de Swift, cité dans le communiqué de la coopérative.
Dix-sept banques sur six continents
Parmi les établissements engagés dans ce premier déploiement contrôlé figurent HSBC, Citi, BNP Paribas, UBS, BNY et Wells Fargo, selon CoinDesk, qui cite six des dix-sept participants. La liste couvre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie-Pacifique, un ancrage voulu par Swift pour tester la circulation des dépôts tokenisés entre juridictions et fuseaux horaires différents.
La coopérative précise que les banques « se préparent à tester des transactions réelles », sans avancer de date de bascule. Le registre a été présenté comme prêt pour un usage initial le 9 juillet, mais l’annonce ne fixe pas d’échéance ferme pour le passage à des paiements en production.
Une architecture compatible Ethereum, mais fermée
Sur le plan technique, le registre repose sur Hyperledger Besu, un client open source compatible avec la machine virtuelle Ethereum, déployé en réseau permissionné, rapporte le média spécialisé Genfinity. L’accès resterait donc réservé aux acteurs autorisés, à rebours des blockchains publiques ouvertes à tous.
Selon la même source, le protocole Chainlink CCIP servirait de couche d’interopérabilité pour relier plusieurs registres distribués, et l’ensemble s’appuierait sur des principes de zk-EVM proches de la technologie Linea développée par ConsenSys. Swift n’a pas confirmé publiquement chacun de ces composants, que documentent des médias sectoriels plutôt que le communiqué officiel.
Un test grandeur nature attendu
Le projet s’inscrit dans une vague d’expérimentations bancaires autour de la monnaie tokenisée, à l’heure où les régulateurs européens et américains resserrent le cadre applicable aux stablecoins et aux dépôts numériques. La différence, ici, tient à l’acteur : Swift n’est pas une jeune pousse, mais l’ossature de la messagerie interbancaire depuis les années 1970, dont l’adhésion à un modèle de registre partagé pèse d’un poids particulier auprès des banques centrales et commerciales.
Swift indique que 75 % des paiements sur son réseau atteignent déjà la banque bénéficiaire en moins de dix minutes. Le registre tokenisé viserait à supprimer les temps morts qui subsistent, en particulier hors des heures d’ouverture, un test dont les premiers résultats détermineront si les dix-sept banques passent, ou non, à des transactions réelles.





