Le rachat d’Electronic Arts à 55 milliards suspendu à une décision de Bruxelles le 22 juillet

Siège d'Electronic Arts à Redwood City, en Californie

La Commission européenne doit rendre le mercredi 22 juillet une première décision sur le rachat d’Electronic Arts par un consortium mené par le fonds souverain saoudien, une opération à 55 milliards de dollars devenue le plus gros rachat par endettement jamais enregistré. De cette échéance dépend le calendrier de clôture d’une transaction déjà repoussée.

L’enjeu dépasse le cas d’un éditeur. EA détient FIFA (désormais EA Sports FC), Les Sims, Battlefield ou Apex Legends, et son passage sous contrôle privé après trente-six ans en Bourse marque une concentration inédite du secteur entre les mains d’investisseurs financiers. Le tout se déroule alors que le studio enchaîne les vagues de licenciements.

Une échéance européenne sur le contrôle des concentrations

Le consortium formé par le Public Investment Fund (PIF) saoudien, la société de capital-investissement Silver Lake et Affinity Partners, la firme fondée par Jared Kushner, a saisi la Commission au titre du contrôle des concentrations, rapporte l’agence Reuters. Bruxelles a jusqu’au 22 juillet pour se prononcer à l’issue de cet examen préliminaire.

À cette date, la Commission peut, selon Reuters, autoriser l’opération telle quelle, l’assortir de remèdes, ou ouvrir une enquête approfondie si elle nourrit « de sérieuses préoccupations ». Le consortium n’a en revanche pas encore sollicité l’aval européen au titre du règlement sur les subventions étrangères, une seconde procédure distincte qui vise les financements publics extra-européens.

Une clôture déjà repoussée

Annoncé en septembre 2025, le rachat prévoit un versement de 210 dollars par action, entièrement en numéraire. Les actionnaires d’EA l’ont approuvé lors d’un vote le 22 décembre 2025. Le montage, financé notamment par 20 milliards de dollars de dette apportés par JPMorgan Chase, reste le plus gros leveraged buyout de l’histoire, devant le rachat de l’énergéticien TXU à 45 milliards en 2007.

Le calendrier a toutefois dérapé. L’opération a manqué son échéance butoir du 30 juin, faute d’avoir obtenu le feu vert du Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS), l’organe américain chargé d’examiner les investissements étrangers pour raisons de sécurité nationale. Les parties ont fixé une nouvelle date limite au 28 septembre 2026. L’autorisation antitrust américaine, elle, a déjà été délivrée au titre du Hart-Scott-Rodino Act.

Des licenciements en série avant la reprise

Pendant que le dossier chemine, EA taille dans ses effectifs. L’éditeur a informé plusieurs équipes de suppressions de postes fin juin, touchant le support client (Fan Care), le recrutement, les équipes chargées de la modération (trust and safety) et l’informatique, selon le site spécialisé Kotaku, qui dit s’appuyer sur des sources internes et douze témoignages publics de salariés concernés.

Le bureau indien de Hyderabad figure parmi les sites visés, plusieurs employés licenciés y comptant plus de dix ans d’ancienneté. Dans un courriel adressé au personnel et cité par Kotaku, la direction évoque des « changements apportés ou envisagés sur certains postes, la création de nouveaux rôles et le transfert de certaines activités vers d’autres équipes, sites ou prestataires ». Sollicité, EA a refusé de commenter.

Il s’agit, d’après Kotaku, d’au moins la troisième réduction d’effectifs de l’année chez l’éditeur, après des coupes visant plus tôt en 2026 les équipes de Battlefield 6 et de la franchise Skate. Le rapprochement avec l’opération financière n’est pas anodin : les rachats par endettement de cette ampleur, aux ratios dette/fonds propres élevés, imposent généralement aux entreprises reprises plusieurs années de réduction des coûts pour rembourser la dette.

BioWare dans la zone d’incertitude

Le studio BioWare, à l’origine des séries Mass Effect et Dragon Age, figure parmi les entités jugées exposées à de nouvelles coupes, des observateurs du secteur ayant évoqué des fermetures possibles à partir du 1er juillet. Aucune décision le concernant n’a été confirmée à ce stade, et EA n’a pas communiqué sur le sort de ses studios internes.

Le vote de Bruxelles du 22 juillet ne clôturera pas à lui seul la transaction, toujours suspendue à l’examen du CFIUS outre-Atlantique. Une autorisation sans condition dégagerait néanmoins l’un des derniers verrous réglementaires avant l’échéance butoir de fin septembre.

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