Kling AI, la plateforme de génération vidéo par intelligence artificielle du groupe chinois Kuaishou, a bouclé un tour de table de 2,8 milliards de dollars le 2 juillet 2026, mené par un consortium réunissant Alibaba, Tencent et Baidu, selon Bloomberg et CNBC.
L’opération valorise le rival chinois de Sora à environ 15 milliards de dollars avant l’injection de capitaux, et illustre la course effrénée que se livrent les géants de la tech pour prendre position sur la vidéo générative, l’un des segments les plus gourmands en puissance de calcul du secteur de l’IA.
Un tour de table à la structure inhabituelle
Le financement, chiffré à plus de 19 milliards de yuans, s’articule en deux temps. Un premier lot d’investisseurs s’est engagé à verser 2,028 milliards de dollars en numéraire dans Beijing Kling, la filiale destinée à héberger l’activité après une réorganisation, rapporte Bloomberg. Quinze investisseurs supplémentaires ont ensuite apporté 766 millions de dollars, portant l’enveloppe totale à près de 2,8 milliards.
Selon Reuters, le tour de table prévoit la possibilité d’accueillir un investisseur additionnel dans un délai de deux mois, ce qui plafonnerait le montant à 20,45 milliards de yuans. À l’issue de l’opération, la participation de la maison mère Kuaishou dans Kling AI serait ramenée à environ 68 %, contre 100 % auparavant.
Une liste d’investisseurs qui interpelle
Au-delà d’Alibaba et de Baidu, la présence de Tencent retient l’attention. Le groupe, propriétaire de la plateforme d’IA générative Hunyuan qui concurrence directement Kling sur le marché domestique, investirait 200 millions de dollars dans l’opération, d’après Bloomberg. Le fonds d’Abou Dabi BlueFive Capital figure également parmi les souscripteurs.
« La liste des investisseurs impressionne autant que la taille du tour de table », a résumé la banque Citi dans une note citée par CNBC, ajoutant que l’attention se porterait désormais sur la prochaine mise à jour de Kling AI. À la Bourse de Hong Kong, l’action Kuaishou a bondi de près de 6,9 % avant de clôturer quasiment inchangée le 3 juillet.
Des revenus en forte accélération
La levée intervient alors que Kling AI affiche une trajectoire commerciale soutenue. La plateforme a généré 650 millions de yuans de chiffre d’affaires au trimestre clos fin mars 2026, soit plus de quatre fois le montant enregistré un an plus tôt, selon Reuters. Les revenus récurrents annuels auraient atteint 500 millions de dollars en mars, portés par le lancement de la version Kling 3.0.
Cette accélération place le service parmi les rares offres de vidéo générative à monétiser réellement sa base d’utilisateurs, à l’heure où la plupart des acteurs du secteur peinent encore à couvrir le coût de l’inférence. Les fonds levés doivent notamment financer l’accès à la puissance de calcul, l’entraînement des modèles et l’expansion internationale.
Une réponse chinoise à Sora et Veo
Kling AI s’est imposé depuis 2024 comme l’un des principaux outils de génération vidéo en Chine, positionné face à Sora d’OpenAI et à Veo de Google. Le lancement de Kling 3.0 a élargi les capacités de la plateforme en matière de durée des clips, de fidélité des mouvements et de cohérence des personnages, des critères déterminants pour séduire créateurs et annonceurs. Le service revendique une base d’utilisateurs internationale, une singularité pour un produit d’IA issu du marché chinois.
Les fonds levés doivent principalement soutenir trois chantiers, d’après les documents cités par Bloomberg :
- l’accès à la puissance de calcul nécessaire à l’entraînement et à l’inférence des modèles vidéo ;
- le développement des prochaines générations de modèles ;
- l’expansion commerciale hors de Chine.
Un signal fort pour la tech chinoise
L’opération marque un rare rapprochement entre des acteurs habituellement rivaux du numérique chinois. Kuaishou avait reconnu en mai explorer une restructuration de son activité IA, tout en précisant que les discussions étaient alors « à un stade précoce », selon Reuters.
Le regroupement d’Alibaba, Tencent et Baidu autour d’un même projet traduit la volonté de Pékin de voir émerger des champions nationaux capables de rivaliser avec les modèles occidentaux de génération vidéo. La finalisation de la réorganisation vers la filiale Beijing Kling et l’éventuelle entrée d’un dernier investisseur restent attendues dans les semaines à venir.





