Helsing, entreprise munichoise spécialisée dans l’intelligence artificielle de défense, a annoncé le 13 juillet 2026 une levée de 1,8 milliard de dollars en série E, portant sa valorisation à 18 milliards de dollars. C’est le plus gros tour de table jamais réalisé par une start-up de défense en Europe.
L’opération intervient alors que les budgets militaires du continent grimpent sous la pression de la guerre en Ukraine et des engagements pris par les membres de l’OTAN. Elle place une jeune société de logiciels, fondée en 2021, dans le club très fermé des start-up européennes valorisées à plus de dix milliards de dollars, un statut que peu d’acteurs technologiques du Vieux Continent atteignent.
Un tour de table mené par des investisseurs américains et canadiens
Selon le communiqué de Helsing repris par tech.eu, la série E réunit Dragoneer Investment Group, Lightspeed Venture Partners, Disruptive, Iconiq, la branche Growth Equity de Goldman Sachs Alternatives, JPMorganChase, le fonds de pension Canada Pension Plan Investment Board, General Catalyst, Plural et Stepstone. Les investisseurs historiques Prima Materia, Accel et Greenoaks figurent parmi les soutiens antérieurs.
D’après tech.eu, la demande des investisseurs a nettement dépassé l’allocation disponible pour ce tour de 1,8 milliard de dollars. La société a tenu à préciser rester « majoritairement européenne », une mention qui souligne ses racines sur le continent malgré l’entrée de capitaux nord-américains à son tour de table.
De 12 à 18 milliards en un an
La progression de la valorisation illustre l’accélération du secteur. En juin 2025, Helsing valait environ 12 milliards d’euros, d’après Defense News. Un an plus tard, la société atteint 18 milliards de dollars, un bond qui reflète l’appétit des fonds pour la technologie de défense autant que la remontée des dépenses militaires européennes.
À titre de comparaison, la précédente série D avait permis de lever environ 694 millions de dollars, soit moins de 40 % du montant du nouveau tour. Le rythme des levées de Helsing tranche avec la prudence habituelle des investisseurs face au secteur de l’armement, longtemps boudé par une partie du capital-risque.
Drones, logiciels et avion de combat autonome
Helsing a d’abord bâti sa réputation sur des logiciels d’IA capables de traiter en temps réel des données de capteurs sur le champ de bataille. La société a depuis élargi sa gamme au matériel, avec le drone d’attaque HX-2 et le logiciel de coordination Altra, selon Defense News.
L’entreprise développe aussi des systèmes plus ambitieux, parmi lesquels le projet d’avion de combat autonome CA-1 Europa et des systèmes sous-marins de surveillance. Ces plateformes visent, selon la communication de Helsing, à « développer et intégrer des plateformes d’IA dans les systèmes de défense » de ses nations partenaires, dont le nombre serait en augmentation.
Cette bascule du logiciel vers le matériel rapproche Helsing d’une posture d’industriel, et non plus seulement de fournisseur de briques logicielles. Le HX-2, drone d’attaque guidé par IA, a notamment été présenté comme produisible en grande série, un argument qui pèse dans les discussions avec des armées confrontées à des besoins de munitions et de systèmes autonomes à bas coût.
Le communiqué précise que les fonds serviront à étendre cette gamme de produits et à approfondir les partenariats avec les gouvernements et les industriels de la défense établis. Helsing revendique une présence dans plusieurs pays européens et se positionne face aux géants traditionnels de l’armement.
Un signal pour le secteur européen de la défense
La levée de Helsing dépasse en taille les tours records réalisés jusqu’ici par les start-up de défense sur le continent, selon Defense News et CNBC. Elle survient dans un contexte où les États membres de l’OTAN ont réévalué leurs engagements financiers et où l’autonomie stratégique européenne est devenue un argument politique récurrent.
La question de la souveraineté reste centrale. En insistant sur son actionnariat « majoritairement européen », Helsing cherche à rassurer des clients étatiques sensibles au contrôle des technologies critiques. La société n’a pas communiqué de calendrier précis pour la mise en service de son avion de combat autonome CA-1 Europa, dont le développement s’étalera sur plusieurs années.





