La start-up munichoise Proxima Fusion a annoncé le 7 juillet avoir levé 411 millions d’euros pour bâtir une centrale à fusion nucléaire en Europe, un tour de table où figurent Google et l’énergéticien allemand RWE, selon Reuters et The Next Web.
L’opération valorise l’entreprise à 2,4 milliards d’euros et porte son financement cumulé à plus de 650 millions d’euros, dont environ 95 millions de subventions publiques, précise The Next Web. Il s’agirait du plus gros investissement privé jamais réalisé dans la fusion en Europe, un secteur encore loin de toute production d’électricité commerciale.
Un tour de table mené par XTX Ventures et East X Ventures
Le financement a été conduit par les fonds XTX Ventures et East X Ventures, rejoints par des investisseurs de retour comme Balderton, Cherry Ventures, Lightspeed et Plural, d’après The Next Web. Deux noms nouveaux retiennent l’attention : Google, dont c’est le premier pari sur une société de fusion européenne, et RWE, qui aurait apporté environ 25 millions d’euros selon la même source.
Reuters rapporte que le tour double presque la mise par rapport à la précédente levée de série A, bouclée un an plus tôt à 130 millions d’euros. Ces montants restent modestes face aux dizaines de milliards engloutis chaque trimestre dans les centres de données d’IA, mais élevés pour une technologie qui n’a encore jamais produit d’énergie nette exploitable à l’échelle industrielle.
Au-delà des investisseurs privés, le financement s’accompagne d’un appui public marqué. The Next Web mentionne la participation des structures publiques allemandes KfW Capital et SPRIND, tandis que la Bavière aurait promis jusqu’à 400 millions d’euros pour ancrer la filière fusion sur son territoire. Fondée en 2023, Proxima Fusion est une émanation directe de l’Institut Max-Planck de physique des plasmas.
Un stellarator plutôt qu’un tokamak
Proxima Fusion mise sur le stellarator, une architecture de confinement magnétique du plasma différente du tokamak retenu par le projet international ITER. La jeune pousse s’appuie sur les travaux du réacteur expérimental Wendelstein 7-X de l’Institut Max-Planck de physique des plasmas, dont sont issus plusieurs de ses fondateurs.
Les fonds serviront à financer « Alpha », un démonstrateur censé produire davantage d’énergie qu’il n’en consomme, dont la construction est visée près de Munich au début des années 2030, indique The Next Web. L’argent doit aussi couvrir la production de câbles et d’aimants supraconducteurs à haute température ainsi que des recrutements en Allemagne, en Suisse et au Royaume-Uni.
Une centrale sur un ancien site nucléaire
En parallèle, RWE a signé un accord pour aider à ériger la première centrale à fusion de type stellarator sur le site de l’ancienne centrale à fission de Gundremmingen, en Bavière, selon Reuters. Réutiliser un site nucléaire déjà raccordé au réseau et doté d’un permis d’exploitation constituerait un raccourci face aux délais administratifs qui plombent habituellement ce type de projet.
Le calendrier reste toutefois lointain et incertain. Aucune centrale à fusion ne fournit aujourd’hui d’électricité au réseau, et la mise en service commerciale du concept « Stellaris » de Proxima n’est pas attendue avant la fin de la décennie au plus tôt.
L’Europe dans la course face aux États-Unis et à la Chine
Le cofondateur et directeur général de Proxima Fusion, Francesco Sciortino, a resitué l’opération dans une compétition mondiale. « L’Europe est en course avec les États-Unis et la Chine pour arriver à la première centrale à fusion. Le financement de Proxima démontre que l’Europe peut non seulement inventer des technologies de rupture, mais aussi bâtir autour d’elles des entreprises compétitives à l’échelle mondiale », a-t-il déclaré, cité par Reuters.
L’arrivée de Google au capital prolonge une série de paris du groupe sur la fusion, après ses engagements auprès d’acteurs américains du secteur. Elle intervient alors que la demande d’électricité des infrastructures d’intelligence artificielle relance l’intérêt des géants de la tech pour des sources d’énergie bas carbone à grande échelle. Reste que la fusion demeure un pari de très long terme : malgré des avancées récentes en laboratoire, aucun réacteur au monde n’a encore démontré une production d’énergie nette soutenue et rentable dans des conditions industrielles.





