Le consortium bancaire européen Qivalis a annoncé le 21 avril 2026 avoir choisi le spécialiste de l’infrastructure blockchain Fireblocks pour faire fonctionner un stablecoin adossé à l’euro, dont le lancement est prévu au second semestre 2026. Le projet réunit désormais douze grandes banques du continent.
L’initiative vise à doter la zone euro d’une monnaie numérique privée conforme au règlement européen MiCA, sur un marché des stablecoins écrasé par le dollar. Selon Fireblocks, le secteur atteignait environ 305 milliards de dollars en janvier 2026, dont près de 99 % libellés en dollars, alors que les actifs indexés sur l’euro ne pèseraient qu’autour de 650 millions de dollars.
Un tour de table de douze banques
Regroupées au sein de Qivalis, société établie aux Pays-Bas, les banques participantes sont Banca Sella, BBVA, BNP Paribas, CaixaBank, Danske Bank, DekaBank, DZ BANK, ING, KBC, Raiffeisen Bank International, SEB et UniCredit. Le noyau initial comptait neuf établissements, dévoilés en septembre 2025, avant l’arrivée de nouveaux membres dont BNP Paribas.
Selon un communiqué diffusé par PR Newswire, le futur jeton sera adossé 1:1 à l’euro et placé sous la supervision de la banque centrale néerlandaise, De Nederlandsche Bank, auprès de laquelle Qivalis doit obtenir un agrément au titre de MiCA. Le consortium présente son émission comme un instrument destiné en priorité aux usages institutionnels, notamment le règlement d’opérations sur actifs numériques.
Le choix d’un domicile aux Pays-Bas n’est pas neutre. Le pays applique le cadre européen MiCA, entré en pleine application en 2026, qui encadre strictement les émetteurs de jetons de monnaie électronique, leurs réserves et leur gouvernance. Le fait de rassembler douze établissements sous une même entité juridique vise, selon le consortium, à mutualiser les coûts de conformité et à donner une assise transfrontalière au futur stablecoin dès son lancement.
Le rôle de Fireblocks
La société Fireblocks fournira le moteur de tokenisation, l’infrastructure de portefeuilles et de conservation, ainsi que les outils de conformité couvrant la vérification d’identité et le filtrage des sanctions. L’entreprise met en avant une architecture multi-institutionnelle assortie de contrôles de gouvernance, adaptée à un émetteur partagé entre plusieurs banques.
« Les banques européennes disposent désormais à la fois du cadre réglementaire et de l’infrastructure de qualité institutionnelle nécessaires pour déployer les stablecoins à l’échelle du marché », a déclaré Michael Shaulov, cofondateur et directeur général de Fireblocks, cité dans le communiqué. La firme chiffre par ailleurs les volumes de transactions sur stablecoins à 33 000 milliards de dollars pour l’ensemble de 2025, en hausse de 75 % sur un an.
Réduire la dépendance au dollar
Le projet s’inscrit dans une volonté affichée de limiter l’exposition de l’écosystème européen aux stablecoins en dollars, dont Tether et Circle contrôlent l’essentiel de l’offre. La domination du billet vert nourrit à Bruxelles des inquiétudes sur la souveraineté monétaire, alors que ces jetons servent de plus en plus au règlement d’opérations financières.
Face à cette situation, plusieurs acteurs privés avancent plus vite que les autorités publiques. L’EURC de Circle, émis sous licence de monnaie électronique française, reste à ce jour le principal stablecoin en euro, mais son encours demeure modeste comparé aux jetons en dollars. Le format bancaire retenu par Qivalis, adossé à des établissements de dépôt régulés, se veut une réponse crédible pour les usages professionnels, des paiements transfrontaliers programmables au règlement de titres numériques en continu.
Un calendrier plus lent côté euro numérique public
L’arrivée d’un stablecoin bancaire intervient alors que la Banque centrale européenne poursuit, à un rythme distinct, ses travaux sur un euro numérique de détail. Sur les hypothèses les plus optimistes de l’institution, ce futur euro numérique public ne serait pas émis avant 2029, et seulement si un texte encore en discussion franchit le Parlement européen.
Cet écart de calendrier laisse le champ, pendant plusieurs années, aux seuls euros numériques d’origine privée, qu’ils soient émis par une entreprise comme Circle ou par un consortium bancaire tel que Qivalis. Le second semestre 2026 constituera un premier test grandeur nature de l’appétit des institutions européennes pour un jeton en euro conforme à MiCA.





