La start-up chinoise DeepSeek développerait sa propre puce d’intelligence artificielle dédiée à l’inférence, selon un rapport de Reuters publié le 7 juillet 2026 et citant trois sources proches du dossier, un projet destiné à réduire sa dépendance aux processeurs de Nvidia et de Huawei.
L’enjeu dépasse le seul cas de DeepSeek. La société, révélée début 2025 par son modèle de raisonnement R1, s’est imposée comme l’un des symboles de la course chinoise à l’IA. La voir chercher à maîtriser son propre silicium illustrerait la volonté de Pékin de bâtir une filière matérielle nationale, à l’heure où les contrôles américains à l’export ferment l’accès aux puces les plus avancées de Nvidia.
Une puce pensée pour l’inférence, pas pour l’entraînement
D’après les sources citées par Reuters, le composant en préparation serait conçu pour l’inférence, l’étape où un modèle déjà entraîné génère des réponses pour les utilisateurs, et non pour l’entraînement de nouveaux modèles. Cette distinction est technique mais lourde de conséquences, l’inférence représentant désormais l’essentiel des coûts de fonctionnement des services d’IA à grande échelle.
Le projet aurait débuté il y a environ un an et resterait à un stade précoce. Selon les mêmes sources, DeepSeek aurait recruté discrètement des ingénieurs spécialisés dans la conception de puces, sans passer par des offres d’emploi publiques, et se serait rapproché de sociétés de design, de fonderies et de fabricants de mémoire. Aucun partenaire industriel, ni calendrier de production, n’a été confirmé.
Sortir de la double dépendance Nvidia-Huawei
DeepSeek avait entraîné son modèle R1 sur des puces Nvidia H800, une version bridée pour le marché chinois que Washington a fini par interdire à l’export fin 2023. La société aurait ensuite adapté son modèle V4 aux processeurs Ascend de Huawei, les puces Ascend 950 assurant une partie de la charge d’entraînement du variant V4-Flash.
Huawei contrôlerait environ la moitié du marché chinois des puces d’IA, estimé à quelque 50 milliards de dollars. En cherchant à concevoir son propre composant, DeepSeek tenterait donc de s’affranchir non seulement de Nvidia, écarté par les restrictions américaines, mais aussi d’un fournisseur local en position dominante.
L’obstacle de la fabrication de pointe
Concevoir une puce ne suffit pas encore à la produire. Les fondeurs capables de graver en technologie de pointe restent hors de portée des acteurs chinois visés par les sanctions, ce qui limite les performances atteignables sur le sol national.
« Nvidia est à zéro en Chine et y restera. DeepSeek n’a quasiment aucune chance de vendre du silicium hors de Chine à moins d’accéder à une fabrication de pointe », a déclaré Richard Windsor, analyste de Radio Free Mobile, cité par Reuters. Dès 2024, le fondateur de la société, Liang Wenfeng, avait reconnu que les contrôles à l’export représentaient une difficulté pour l’entreprise.
Un mouvement de fond chez les acteurs de l’IA
DeepSeek, qui a refusé de commenter, rejoindrait une tendance déjà bien installée. OpenAI, Anthropic, Google et Amazon investissent tous dans du silicium sur mesure pour réduire leur facture d’infrastructure et leur dépendance aux fournisseurs externes. La différence tient au contexte chinois, où les restrictions américaines transforment ce choix industriel en impératif stratégique.
Le poids pris par la start-up donne la mesure de l’enjeu. DeepSeek aurait levé 7 milliards de dollars en juin 2026, sur une valorisation comprise entre 52 et 59 milliards, des montants qui offriraient une marge de manœuvre pour financer un développement matériel réputé long et coûteux. À l’annonce du rapport, l’action Nvidia reculait d’environ 1,6 % avant l’ouverture des marchés, signe que les investisseurs surveillent de près toute érosion de sa position, même sur un marché chinois où sa présence est déjà réduite à néant.





