La Commission européenne a ordonné à Meta de rétablir un accès gratuit à WhatsApp pour les assistants d’intelligence artificielle concurrents. La décision, arrêtée le 9 juin 2026, restera en vigueur jusqu’à la fin de l’enquête antitrust.
L’affaire illustre la volonté de Bruxelles d’empêcher qu’une messagerie utilisée par des centaines de millions d’Européens ne se transforme en verrou face à la nouvelle vague d’assistants génératifs. En recourant à des mesures conservatoires, un instrument rarissime, la Commission cherche à figer la situation avant qu’un dommage jugé irréparable ne s’installe sur un marché encore embryonnaire.
Un accès fermé puis payant
Selon la Commission européenne, Meta avait annoncé en octobre 2025 l’interdiction, à compter du 15 janvier 2026, des assistants IA généralistes tiers sur la « WhatsApp Business Solution », l’outil qui permet aux entreprises de dialoguer avec leurs clients via la messagerie. Le groupe justifiait ce tour de vis par une surcharge technique, un porte-parole ayant déclaré à Reuters que la montée des chatbots avait mis « une pression sur nos systèmes qu’ils n’étaient pas conçus pour supporter ».
Après l’ouverture d’une enquête formelle le 16 décembre 2025, Meta a révisé sa politique le 4 mars 2026 en réadmettant les assistants concurrents, mais contre rémunération. La Commission a estimé que ce modèle payant produisait, à première vue, un effet équivalent à l’interdiction initiale, d’où l’ordre de revenir aux conditions gratuites antérieures.
Des mesures conservatoires exceptionnelles
Le recours à des mesures d’urgence marque un tournant. D’après le cabinet Houthoff, l’Union n’y avait plus eu recours au niveau européen depuis l’affaire Broadcom en 2019, l’usage précédent remontant à IMS Health en 2001. Leur déclenchement suppose d’établir une infraction à première vue et un risque de préjudice grave et irréparable pour la concurrence.
Teresa Ribera, vice-présidente exécutive chargée de la transition propre, juste et compétitive, a défendu ce choix. « Sur des marchés qui évoluent rapidement, la concurrence peut être perdue bien avant l’adoption d’une décision finale », a-t-elle affirmé, ajoutant que les mesures resteraient en place « afin de prévenir un dommage qu’il serait presque impossible de réparer ».
WhatsApp, porte d’entrée vers les consommateurs
Pour la Commission, l’enjeu dépasse une simple querelle technique. Les mesures visent à préserver « un point d’entrée clé pour atteindre les consommateurs en Europe », selon Teresa Ribera, qui y voit un moyen de laisser les jeunes sociétés d’IA « innover, changer d’échelle et atteindre leur plein potentiel ». Rapportée à une messagerie installée sur la quasi-totalité des smartphones du continent, la question de l’accès pèse lourd pour des acteurs cherchant à exister face aux géants déjà dominants.
L’enquête est menée sur le fondement de l’article 102 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui réprime les abus de position dominante, comme le rappelle le cabinet Pinsent Masons. Elle couvre l’Espace économique européen, l’Italie faisant l’objet d’une procédure nationale distincte ouverte par son autorité de concurrence.
Une pression réglementaire qui s’intensifie
La procédure s’inscrit dans un durcissement plus large. Bruxelles a indiqué vouloir appliquer plus strictement en 2026 le règlement sur les services numériques et le règlement sur les marchés numériques, en visant notamment les grandes plateformes américaines. La Commission poursuit en parallèle des investigations sur Meta et Google, ouvertes en décembre, portant respectivement sur l’accès des IA concurrentes à WhatsApp et sur l’usage de contenus en ligne pour l’entraînement de modèles.
Le dossier WhatsApp pourrait ainsi servir de test grandeur nature pour l’articulation entre droit de la concurrence classique et régulation ex ante des plateformes. Si l’infraction était finalement confirmée, Meta s’exposerait, au titre de l’article 102, à une amende pouvant atteindre une fraction significative de son chiffre d’affaires mondial.





