La Bank of New York Mellon, plus grande banque dépositaire au monde, se prépare à offrir un règlement en continu des bons du Trésor américain, une infrastructure conçue pour les versions tokenisées comme classiques de la dette souveraine. L’information a été rapportée par Bloomberg le 22 juillet et confirmée par CoinDesk le 23 juillet.
Selon Bloomberg, l’établissement compte introduire des bons du Trésor tokenisés et mener des transactions pilotes sur sa blockchain privée d’ici la fin 2026, avant de viser un règlement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en 2027. La démarche illustre comment la croissance des marchés d’actifs numériques commence à remodeler les tuyaux de la finance traditionnelle.
Un marché de 26 000 milliards contraint par les horaires
Le marché de la dette publique américaine dépasse 26 000 milliards de dollars d’encours, mais son règlement reste enfermé dans les horaires d’ouverture et un cycle T+1. Les titres achetés le vendredi ne sont pleinement réglés que le lundi suivant, un décalage que les acteurs des cryptomonnaies, habitués à des marchés ouverts en permanence, jugent de plus en plus anachronique.
BNY entend justement supprimer ce décalage de week-end. Dans une lettre adressée à ses clients, la banque a indiqué poursuivre l’ambition d’un marché du Trésor « toujours actif ». Elle prévoit d’étendre son réseau de règlement pour couvrir les fuseaux asiatique, européen puis américain plus tard dans l’année, avant la bascule vers le fonctionnement continu.
Une transaction hors horaires déjà testée
La banque affirme avoir déjà facilité, plus tôt cette année, une transaction sur bons du Trésor exécutée après la fermeture des marchés américains, impliquant des émetteurs de stablecoins. Selon CoinDesk, l’opération a mobilisé les réserves de deux stablecoins adossés à la dette publique, le RLUSD de Ripple et l’USDO d’OpenEden.
Le rôle de BNY dans cet écosystème n’est pas neutre. L’établissement est le dépositaire principal des réserves du RLUSD et assure la conservation ainsi que la gestion du fonds de bons du Trésor tokenisés d’OpenEden. La transaction, précise CoinDesk, a été traitée par Tradeweb après l’arrêt du système Fedwire Securities, puis réglée peu après via les canaux de trésorerie existants. Les titres eux-mêmes n’étaient pas encore tokenisés, mais l’opération démontrait qu’une activité pouvait se poursuivre en dehors des heures classiques.
Des dirigeants qui misent sur le « toujours actif »
La stratégie s’inscrit dans une orientation revendiquée au plus haut niveau. « À mesure que l’adoption institutionnelle des actifs numériques continue d’évoluer, nous sommes déterminés à être un fournisseur de confiance de services pour l’écosystème financier au sens large », a déclaré Roman Regelman, CEO Securities Services and Digital chez BNY.
La banque relie explicitement ce chantier à la modernisation de la circulation de la trésorerie. « À mesure que les marchés institutionnels s’orientent vers des modèles de fonctionnement en continu, BNY s’engage à innover et à contribuer à définir la manière dont la trésorerie circule dans le système financier moderne », a indiqué Carolyn Weinberg, Chief Product and Innovation Officer de l’établissement, dans un communiqué distinct sur ses capacités de trésorerie numérique.
Un signal pour la tokenisation institutionnelle
La démarche de BNY ne surgit pas isolément. Plusieurs grands établissements, dont JPMorgan, Bank of America ou Citigroup, développent des réseaux de dépôts bancaires tokenisés, tandis que la tokenisation d’actifs réels s’étend aux fonds de marchés privés. En positionnant la dette souveraine américaine, actif de réserve mondial par excellence, au cœur de cette infrastructure continue, BNY chercherait à arrimer les circuits crypto aux instruments les plus liquides de la finance traditionnelle.
Le calendrier reste indicatif et les phases de 2026 relèvent encore du pilote. Si le déploiement se confirmait selon le plan annoncé, un règlement permanent des bons du Trésor pourrait rapprocher deux mondes longtemps séparés par leurs horloges, celui des marchés obligataires classiques et celui des actifs numériques réputés ouverts sans interruption.





