Qualcomm boucle le rachat de Modular pour environ 4 milliards de dollars et vise l’écosystème logiciel de Nvidia

Gros plan sur un processeur informatique posé sur une carte électronique

Qualcomm a finalisé le 29 juillet 2026 l’acquisition de la start-up Modular pour environ 4 milliards de dollars en actions, une opération destinée à doter le fabricant de puces d’une couche logicielle capable de faire tourner l’IA sur des processeurs concurrents de Nvidia. Annoncée fin juin, l’opération marque l’entrée de Qualcomm dans la bataille du logiciel d’inférence.

L’enjeu dépasse largement le montant. En s’offrant Modular, éditeur du langage Mojo et de la plateforme d’inférence MAX, Qualcomm attaque le point le plus solide de la domination de Nvidia : non pas ses puces, mais l’écosystème logiciel CUDA qui verrouille des millions de développeurs sur ses cartes graphiques.

Un rachat tout en actions bouclé fin juillet

Selon le communiqué officiel de Qualcomm, la transaction a été réglée entièrement en titres, avec l’émission d’un maximum de 19,2 millions d’actions ordinaires Qualcomm au profit des détenteurs de capital de Modular, sous forme de placement privé. Plusieurs médias, dont Technobezz et Eastern Herald, chiffrent l’opération autour de 3,9 à 4 milliards de dollars.

Le rapprochement représente une nette revalorisation pour Modular. La société, fondée en 2022, avait levé 250 millions de dollars en septembre 2025 sur une valorisation de 1,6 milliard, portant son financement total à environ 380 millions. Le prix payé par Qualcomm équivaudrait donc à plus du double de sa dernière valorisation privée.

« Cette acquisition marque un moment charnière non seulement pour Qualcomm, mais pour l’industrie de l’IA », a déclaré Cristiano Amon, président-directeur général de Qualcomm, dans le communiqué. « À mesure que l’IA agentique se déploie à travers les centres de données et les environnements de périphérie, l’industrie s’oriente vers des architectures désagrégées et multifournisseurs qui exigent une fondation logicielle plus ouverte et plus moderne. »

Ce que Modular apporte

Modular développe une pile logicielle dite « agnostique au matériel ». Sa plateforme MAX permet, selon la société, d’écrire un modèle d’IA une seule fois puis de l’exécuter sur des processeurs (CPU), des cartes graphiques (GPU), des accélérateurs neuronaux (NPU) et des puces sur mesure sans réécrire le code pour chaque accélérateur. Le langage Mojo, présenté comme nettement plus rapide que Python, complète cet arsenal.

À la tête de la start-up figure Chris Lattner, une signature respectée du logiciel. Créateur du langage Swift chez Apple et de l’infrastructure de compilation LLVM, il avait aussi dirigé le logiciel Autopilot de Tesla. Il rejoint Qualcomm comme vice-président exécutif chargé des logiciels et plateformes d’IA avancée, en conservant la supervision de Mojo, de MAX et du service Modular Cloud.

« Modular a été fondé sur la conviction que l’IA a besoin d’une fondation logicielle plus ouverte et plus efficace, capable de couvrir des matériels et des environnements de déploiement variés », a expliqué Chris Lattner. « Rejoindre Qualcomm nous donne l’échelle et la portée nécessaires pour accélérer cette mission. »

Une offensive contre le verrou CUDA

Le cœur de la manœuvre vise l’écosystème CUDA de Nvidia. Ce dernier retiendrait, selon Technobezz, près de quatre millions de développeurs dans un environnement où le code optimisé pour les GPU Nvidia ne se transpose pas aisément sur du matériel rival. En rendant le logiciel indépendant du fournisseur, Modular réduit le coût de bascule vers des puces concurrentes, y compris celles de Qualcomm, AMD ou Intel, déjà prises en charge par sa plateforme.

Qualcomm a resitué l’opération dans une logique de coût. « La performance par watt détermine le coût de l’inférence, et le coût détermine ce qui peut passer à l’échelle », a fait valoir l’entreprise, citée par Unite.AI. C’est précisément sur ce terrain que les puces d’inférence des challengers cherchent à concurrencer Nvidia.

Un pari sur les centres de données

L’acquisition s’inscrit dans la diversification affichée par le groupe de San Diego, longtemps dépendant des puces pour smartphones. Qualcomm a relevé son objectif de chiffre d’affaires hors combinés à 40 milliards de dollars pour l’exercice 2029, soit environ le double de la cible précédente, dont plus de 15 milliards attendus des seuls centres de données, d’après Unite.AI.

Le rachat de Modular prolonge une série d’emplettes menées sous la direction de Cristiano Amon, après l’acquisition d’Alphawave pour environ 2,4 milliards de dollars et celle de la start-up Ventana, spécialiste du RISC-V. Reste à convertir ces briques logicielles et matérielles en parts de marché face à Nvidia, dont l’avance dans les centres de données d’IA se mesurera lors des prochains trimestres de livraisons.

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