Fabricants de cartes mères et de barrettes relancent la production de DDR4, un standard qu’ils s’apprêtaient à enterrer. Selon Tom’s Hardware, plus d’une demi-douzaine d’acteurs interrogés au Computex 2026 confirment ce retour en arrière, provoqué par une pénurie de mémoire d’une ampleur inédite.
L’enjeu dépasse la simple nostalgie technique. Face à l’envolée des prix de la DDR5, une partie de l’industrie remet en service des plateformes plus anciennes pour maintenir un ticket d’entrée abordable dans l’assemblage d’un PC, au moment où le marché grand public se retrouve pris en étau par la demande des centres de données d’intelligence artificielle.
Un retour en arrière assumé par la filière
D’après Tom’s Hardware, les fabricants de cartes mères prévoient de multiplier les modèles compatibles DDR4 et comptent poursuivre cet effort en 2027. Le média rapporte toutefois qu’un industriel a prévenu ne probablement pas pouvoir monter en cadence avant la seconde moitié de 2026, le temps de réactiver des lignes qui devaient disparaître.
Le mouvement concerne aussi les module houses, ces assembleurs de barrettes qui suivent la demande. TechSpot, qui relaie la même enquête, décrit un cycle matériel qui s’inverse, la DDR4 retrouvant une place que la transition vers la DDR5 lui avait fait perdre depuis plusieurs années.
Une inversion des prix qui rebat les cartes
Le phénomène s’explique par un écart de prix devenu difficile à ignorer. Les relevés cités dans la presse spécialisée situent la DDR4 autour de 5 dollars par gigaoctet sur certains modules 32 Go, quand la DDR5 équivalente approcherait 30 dollars par gigaoctet, soit un rapport de un à six selon ces données.
Cette inversion, où de la mémoire plus ancienne finit par coûter moins cher que la génération censée la remplacer, n’aurait rien d’anecdotique. Elle pousserait une partie des acheteurs vers des configurations DDR4 pour contenir le budget global d’une machine, un arbitrage inhabituel dans un secteur habitué à voir les anciennes technologies décoter.
L’IA à la racine de la tension
La cause profonde tiendrait à la réallocation des capacités vers la mémoire à haute bande passante, la HBM, très demandée par les accélérateurs d’IA. Chaque puce HBM consommant près de trois fois plus de ressources de wafer qu’une puce DRAM classique, son essor réduirait mécaniquement la production de DDR4 et de DDR5 destinées au grand public.
- Samsung et SK hynix ont prolongé leurs lignes DDR4, sans en ouvrir de nouvelles pour la demande grand public, selon TrendForce.
- Micron a de son côté émis des avis de fin de vie pour la DDR4 et la LPDDR4, une trajectoire distincte.
- Les prix contractuels de la DRAM conventionnelle progresseraient encore de 13 % à 18 % au troisième trimestre 2026, d’après les projections relayées par Tom’s Hardware.
Un répit sans résolution
La reprise de la DDR4 ne réglerait pas le fond du problème. Les acteurs de la chaîne des semi-conducteurs s’accorderaient, selon Tom’s Hardware, sur une pénurie appelée à durer au moins jusqu’à la fin 2027. « Le PC se prépare à un monde sans DDR5 », résume le média dans son titre, pour souligner que la DDR4 sert ici de soupape plutôt que de solution.
Pour l’assembleur comme pour le joueur, ce virage pourrait se traduire par un choix accru de plateformes anciennes dans les prochains mois, là où l’industrie promettait il y a peu une bascule complète vers la DDR5.





