Le studio espagnol Vermila Studios, à l’origine du jeu d’horreur Crisol Theater of Idols publié par Blumhouse Games, a licencié l’intégralité de ses dix-neuf salariés le 22 juillet 2026, cinq mois seulement après la sortie de son jeu. Son dirigeant n’exclut pas une fermeture définitive dans les mois à venir.
La nouvelle, rapportée par PC Gamer et Video Games Chronicle puis confirmée par le média spécialisé Game Developer, illustre la fragilité persistante des studios de taille moyenne, y compris lorsqu’ils bénéficient du soutien d’un éditeur reconnu. Crisol Theater of Idols était pourtant sorti en février dernier avec des critiques honorables.
Un licenciement collectif malgré une sortie récente
Selon Game Developer, David Carrasco, dirigeant de Vermila Studios, a confirmé le départ de l’ensemble du personnel. « Malheureusement, pour des raisons financières, nous avons dû nous séparer de l’équipe de Vermila Studios », a-t-il déclaré. Il a ajouté que la structure allait « essayer de tenir pour le moment sans fermer », tout en reconnaissant que les circonstances étaient « assez difficiles » et qu’une fermeture restait « une possibilité envisageable dans les mois à venir ».
La procédure engagée correspond à un ERE, le dispositif espagnol de licenciement collectif. Le studio demeure techniquement actif, mais l’ensemble de ses effectifs a quitté l’entreprise, ce qui laisse peu de marge pour un redémarrage à court terme.
Les salariés concernés ont réagi publiquement. Le game designer Raúl Pernía Alejandro a écrit sur les réseaux sociaux que, pour celles et ceux qui avaient « consacré tant d’efforts et de soin à ce projet », il s’agissait d’une « nouvelle très dure à encaisser ». Plusieurs autres membres de l’équipe ont publié des messages d’adieu dans les heures qui ont suivi l’annonce, contribuant à faire circuler l’information avant toute communication officielle du studio. Cette confusion initiale avait laissé penser à une fermeture immédiate, avant que Vermila ne précise que l’entreprise restait, pour l’heure, juridiquement active.
Un jeu salué mais insuffisant commercialement
Crisol Theater of Idols est sorti le 10 février 2026 sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series. Ce jeu de survie et d’horreur, remarqué pour son ambiance gothique et son système de gestion du sang, se déroule dans une version cauchemardesque de l’Hispanie. Il a été édité par Blumhouse Games, la division jeu vidéo du studio de cinéma d’horreur américain Blumhouse.
Le titre avait reçu un accueil critique correct, avec une moyenne de 74 sur 100 relevée sur Metacritic et des retours favorables d’une partie de la communauté. Ces résultats n’ont toutefois pas suffi à générer les revenus nécessaires au maintien de l’activité, dans un contexte où de nombreux studios peinent à rentabiliser des productions à budget intermédiaire.
Le poids d’un passé sous Embracer
Fondé en 2020, Vermila Studios avait été racheté la même année par le conglomérat suédois Embracer Group pour 0,9 million d’euros, soit environ 1,06 million de dollars. En 2023, Embracer avait amorcé un vaste plan de restructuration, abandonnant sa stratégie d’investissement massif pour privilégier la génération de trésorerie.
Cette réorientation s’était traduite par une série de licenciements et de cessions à travers l’ensemble du groupe. Vermila Studios s’était alors séparé d’Embracer, retrouvant son indépendance mais aussi l’exposition financière qui l’accompagne.
Un signal supplémentaire pour l’industrie
Le cas de Vermila s’inscrit dans une année 2026 particulièrement lourde en fermetures et suppressions de postes dans le secteur. Plusieurs estimations relayées par la presse spécialisée évoquent plusieurs milliers d’emplois supprimés à l’échelle mondiale sur le seul premier semestre, touchant aussi bien les grands éditeurs que les structures indépendantes.
Pour les studios de taille modeste, la publication d’un jeu ne garantit plus la pérennité. Entre coûts de développement en hausse, marchés saturés et prudence des éditeurs face au risque, la marge d’erreur s’est réduite, y compris pour un projet salué par la critique quelques mois plus tôt. La présence d’un éditeur établi comme Blumhouse Games n’a pas suffi à sécuriser durablement l’activité, l’accord de publication ne couvrant généralement pas les charges de fonctionnement d’un studio une fois le jeu livré.
À court terme, l’avenir de Vermila Studios dépendra de sa capacité à trouver un financement ou un partenaire avant que la fermeture évoquée par son dirigeant ne devienne inévitable.




