Accès aux données : les chercheurs européens dénoncent le mur des plateformes malgré le DSA

Serveurs de donnees illustrant l'acces aux donnees des plateformes encadre par le DSA

Trois ans après l’entrée en vigueur du règlement européen sur les services numériques, des chercheurs affirment que TikTok, X et Meta continuent de verrouiller l’accès aux données pourtant garanti par la loi.

L’accusation, relayée fin juillet 2026, vise le cœur du dispositif européen de transparence des plateformes. Le DSA promettait aux scientifiques un droit d’inspection sur les risques systémiques des réseaux sociaux. Sur le terrain, ce droit reste largement théorique, selon plusieurs équipes de recherche.

Un droit inscrit dans la loi, freiné dans les faits

Le règlement sur les services numériques (DSA) impose aux très grandes plateformes de fournir aux chercheurs agréés un accès aux données permettant d’étudier les risques systémiques : désinformation, contenus illicites, effets sur les mineurs. Un acte délégué, en vigueur depuis le 29 octobre 2025, a précisé les modalités d’accès aux données internes via un portail dédié.

Selon des travaux relayés par ForkLog le 24 juillet 2026, puis par Ars Technica et Slashdot le 27 juillet, ce cadre bute sur des pratiques dilatoires : refus de demandes, quotas restrictifs, interfaces coûteuses et exigences de sécurité jugées disproportionnées.

Des taux d’approbation en dents de scie

Le collectif allemand DSA40 Collaboratory, coordonné par le chercheur L. K. Seiling, documente publiquement les demandes déposées. Sur 46 demandes recensées, 20 ont été approuvées et 14 rejetées, le reste étant en suspens. Les écarts entre plateformes sont marqués.

Ce que montre le suivi

  • TikTok aurait approuvé 11 demandes sur 13.
  • X aurait rejeté 11 demandes sur 23.
  • TikTok revendique de son côté environ 1 500 groupes de recherche disposant d’un accès et 130 candidatures validées dans l’UE.

Seiling avertit toutefois que « les taux de rejet réels pourraient être plus élevés », le suivi reposant sur des signalements volontaires des chercheurs.

Des coûts et des contraintes techniques dissuasifs

Au-delà des refus, les scientifiques pointent le coût d’accès. Duncan Allen, de l’organisation Democracy Reporting International, cité par Ars Technica, évoque des tarifs d’API pouvant atteindre « des centaines de dollars par mois ». D’autres barrières relèvent de l’infrastructure : certaines conditions exigent une machine « physiquement déconnectée d’Internet », un équipement dont la plupart des universités ne disposent pas.

Ces contraintes fragilisent la reproductibilité des travaux, que la chercheuse Adriana Iamnitchi, de l’université de Maastricht, qualifie d’« exigence de base de la science ». Elle souligne qu’« avec un accès rapide aux données, les chercheurs auraient pu examiner plus tôt qui créait et diffusait de tels contenus ».

Bruxelles a sanctionné, sans lever tous les obstacles

La Commission européenne a déjà agi. En décembre 2025, elle a infligé 120 millions d’euros à X, notamment pour son refus d’ouvrir l’accès à certaines données. En avril 2026, elle a estimé à titre préliminaire que Meta et TikTok pourraient avoir manqué à leurs obligations, en raison de procédures trop complexes livrant des données partielles ou peu fiables.

Le 16 juillet 2026, la Commission aurait accepté un plan de remédiation présenté par X, engageant la plateforme à accélérer l’examen des demandes, à fournir un accès gratuit et à assouplir les règles limitant la collecte d’informations publiques. Duncan Allen y voit « un pas dans la bonne direction », tout en jugeant qu’il « reste flou » de savoir comment le processus évoluera concrètement.

Les plateformes renvoient à leurs outils

Du côté des entreprises, la lecture diffère. Meta rappelle avoir remplacé l’ancien outil CrowdTangle par sa Meta Content Library, présentée comme conforme aux exigences du DSA. TikTok met en avant le nombre d’équipes déjà raccordées à son API de recherche. Ces réponses n’ont pas convaincu une partie de la communauté scientifique, qui doute que les ajustements annoncés produisent des données fiables et reproductibles à grande échelle. La montée en charge du nouveau régime d’accès, via le portail européen et le processus de vérification par les coordinateurs nationaux, doit encore faire ses preuves dans les prochains mois.

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