Le FMI alerte sur la tokenisation qui pourrait fragmenter la finance mondiale

Illustration de la finance numerique et de la blockchain avec des pieces de cryptomonnaie

Le Fonds monetaire international a mis en garde, dans un billet publie le 2 juillet 2026, contre les risques que la tokenisation des actifs financiers ferait peser sur la stabilite du systeme mondial. Signe par Tobias Adrian, directeur du departement des marches monetaires et de capitaux du FMI, le texte estime que les choix reglementaires pris aujourd’hui decideront si cette technologie renforce ou fracture la finance.

La tokenisation consiste a representer un actif reel, action, obligation ou depot bancaire, sous forme de jeton inscrit sur une blockchain. Ses promoteurs y voient un moyen de reduire les delais de reglement, aujourd’hui de un a deux jours ouvres sur la plupart des marches, a quelques secondes. Le FMI reconnait ce potentiel, mais souligne que la meme mecanique supprimerait des amortisseurs essentiels au systeme.

Des frictions qui disparaissent, mais aussi des amortisseurs

Selon Tobias Adrian, la suppression des delais de reglement priverait les marches de temps precieux pour reagir. « Les frictions disparaissent, mais les amortisseurs aussi », resume-t-il dans son billet. Un choc de marche, une erreur de code ou une vague de ventes automatisees pourraient alors se propager avant meme que les institutions ou les superviseurs aient le temps d’intervenir.

Le FMI decrit un enchainement ou les demandes de liquidite se materialiseraient en temps reel et ou les defaillances se propageraient plus vite que la capacite des acteurs a repondre. L’institution rappelle que les frottements actuels, souvent presentes comme des inefficacites, jouent aussi un role de coupe-circuit en laissant aux operateurs le temps de mobiliser des fonds.

Cette prudence tranche avec le discours des promoteurs de la finance tokenisee, qui mettent en avant des reglements quasi instantanes et une reduction des couts d’intermediation. Pour le FMI, la rapidite n’est pas neutre : elle transforme la nature meme du risque en supprimant les fenetres pendant lesquelles un regulateur peut suspendre une transaction ou une contrepartie peut renegocier ses engagements.

Un risque qui se deplace des banques vers le code

Le billet met l’accent sur une migration du risque. Plutot que de reposer sur les bilans bancaires, il se deplacerait vers les plateformes, le code informatique et les prestataires qui font tourner les marches tokenises. Tobias Adrian avertit que la concentration des activites autour d’une infrastructure unique pourrait transformer une simple defaillance de gouvernance en probleme systemique.

Cette lecture rejoint les inquietudes exprimees par d’autres regulateurs sur la dependance croissante de la finance a un petit nombre d’operateurs techniques. Le FMI plaide pour des standards communs, faute de quoi la multiplication de systemes tokenises incompatibles accentuerait la fragmentation des marches plutot que de la reduire.

Trois modeles emergents pour l’argent tokenise

Le FMI identifie trois modeles en train d’emerger dans un systeme tokenise, chacun assorti de ses propres contraintes :

  • les depots bancaires tokenises, qui conservent le cadre bancaire actuel mais exigeraient une gestion plus stricte de la liquidite ;
  • les stablecoins, qui offrent une programmabilite mais dependent de la qualite des reserves et de la fiabilite de l’emetteur ;
  • les reserves de banque centrale tokenisees, qui elimineraient le risque de credit mais imposeraient aux regulateurs un role plus profond.

Aucun de ces modeles ne s’impose comme evident, souligne le FMI, qui invite les autorites a definir des le depart les regles applicables plutot que de les rattraper une fois les infrastructures deployees.

Un debat qui s’invite alors que les projets se multiplient

L’avertissement du FMI intervient a un moment ou les initiatives de tokenisation se multiplient. Le meme mois, le teneur de marche Securitize a fait ses debuts a la Bourse de New York tout en tokenisant ses propres actions, tandis que le depositaire americain DTCC prepare un service de tokenisation reunissant plus de cinquante firmes. Ces projets illustrent la vitesse a laquelle des acteurs etablis s’emparent du sujet.

Pour le FMI, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation mais d’en encadrer les effets. Tobias Adrian souligne que la tokenisation pourrait remodeler l’architecture financiere mondiale, a condition que les buffers supprimes par la technologie soient remplaces par des garde-fous concus a dessein.

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