Le compteur de suppressions d’emplois dans le jeu vidéo continue de s’affoler. Selon la dernière révision du suivi d’Amir Satvat, la prévision pour 2026 atteint désormais 14 666 postes, à portée du record absolu de 2024.
Le chiffre résume une année de contraction généralisée dans l’industrie, où fermetures de studios, cessions et vagues de coupes se succèdent chez des éditeurs de toutes tailles. À deux trimestres de la fin de l’exercice, la trajectoire laisse craindre un nouveau plancher pour un secteur déjà éprouvé par trois années de restructurations.
Une prévision revue fortement à la hausse
Amir Satvat, qui pilote un suivi indépendant des licenciements dans le cadre de son projet ASGC à partir de sources publiques, a relevé son estimation annuelle tout au long de 2026. La première version, datée du 6 janvier, tablait sur 8 025 suppressions de postes. Sept mois plus tard, l’estimation avait progressé de près de 83 %.
Au 11 août, les licenciements confirmés s’établissaient à 10 140, l’analyste anticipant 4 526 départs supplémentaires d’ici la fin de l’année. La prévision, régulièrement ajustée, a encore gagné 788 postes par rapport à celle du 10 juillet, portant le total attendu à 14 666.
Un secteur au bord d’un nouveau record
Le millésime 2024 reste la pire année recensée, avec 15 631 suppressions d’emplois. Mais 2026 dépasse déjà 2022 (8 500), 2023 (10 500) et 2025 (9 197), et il reste deux trimestres à courir. Sur cinq ans, de 2022 à 2026, le décompte cumulé atteint 58 494 postes supprimés selon les données du tracker.
Depuis le début de l’année, l’industrie a connu plus de 105 événements de licenciement distincts. Cette accumulation confirme que les coupes ne se limitent plus aux seuls géants, mais touchent des structures de toutes tailles, avec des rounds répétés au sein des mêmes entreprises.
Le contraste avec la fin de l’année précédente reste marqué. En 2025, les pertes d’emplois étaient restées sous la barre des 9 200, un niveau déjà supérieur à celui de la plupart des secteurs technologiques mais nettement inférieur aux sommets de 2024. Le mois de janvier 2026 avait pourtant donné le ton, avec près de 900 suppressions, le studio mobile Playtika ouvrant le bal par une coupe de 15 % de ses effectifs justifiée par un recours accru à l’intelligence artificielle.
L’Amérique du Nord concentre l’essentiel des coupes
La répartition géographique reste très déséquilibrée. L’Amérique du Nord représente 66 % des événements de licenciement et environ 79 % des personnes concernées. Les États-Unis totalisent à eux seuls près de 48 % des suppressions et le Canada environ 17 %, tandis que l’Europe pèse pour près de 30 %.
La concentration est également forte du côté des employeurs. Les cinq plus grosses réductions ont représenté 56 % de l’ensemble des licenciements, les deux premières comptant à elles seules pour environ 44 %. Parmi ces coupes majeures figure celle de Microsoft, qui a retranché 1 600 personnes de sa division jeu et prévenu qu’il se séparerait d’autant de salariés au cours de l’année suivante.
Le géant de Redmond a par ailleurs cédé plusieurs studios historiques, rendant leur indépendance à Double Fine et Compulsion Games et engageant Ninja Theory et Undead Labs vers de nouveaux propriétaires. Ces mouvements illustrent une logique de recentrage sur les marques les plus rentables, au détriment d’un portefeuille élargi à coups d’acquisitions les années précédentes.
Un calendrier de sorties clairsemé en toile de fond
Ces suppressions s’inscrivent dans un contexte de calendrier de sorties dégarni. Dans son bilan de mi-année, la société d’analyse Luminate soulignait que la période était marquée par « un calendrier globalement mince pour les sorties majeures », les plus gros éditeurs occidentaux affrontant consolidation et virages stratégiques.
Electronic Arts, désormais passé sous pavillon d’un consortium mené par le Public Investment Fund saoudien au terme d’un rachat de 55 milliards de dollars, ne présente aucun grand titre au programme. Ubisoft, absent lui aussi du haut de l’affiche 2026, a enclenché une seconde restructuration en un an, tandis que le report répété de Grand Theft Auto VI, attendu en novembre, laisse un vide durable dans l’agenda des sorties.
La prochaine mise à jour du suivi de Satvat dira si la barre des 15 631 licenciements de 2024 sera franchie avant le 31 décembre 2026.





