La start-up parisienne d’IA vocale Gradium a annoncé le 9 juillet 2026 avoir porté son tour d’amorçage à plus de 100 millions de dollars, avec l’entrée du fabricant américain de puces Nvidia à son capital. L’extension, d’environ 30 millions de dollars, complète un premier tour de 70 millions de dollars bouclé fin 2025.
L’opération illustre l’intérêt renouvelé des investisseurs pour l’IA vocale, un segment jusqu’ici dominé par une poignée d’acteurs américains. Elle place aussi une jeune société française sous le regard direct de Nvidia, dont les puces alimentent l’essentiel des modèles d’IA générative, à un moment où le groupe multiplie les prises de participation dans son écosystème.
Une extension de 30 millions de dollars menée par Nvidia
Selon le média Sifted, qui a rapporté les modalités de l’opération, Nvidia rejoint les investisseurs déjà présents au capital, parmi lesquels le fonds américain FirstMark et le français Eurazeo. Le montant exact de la participation du fabricant de puces n’a pas été divulgué, pas plus que la valorisation retenue pour l’extension.
Le premier tour, de 70 millions de dollars (environ 60 millions d’euros), avait été bouclé fin 2025, sept mois avant cette extension. Il portait déjà la marque d’investisseurs de premier plan, avec les milliardaires français Xavier Niel et Rodolphe Saadé, ainsi que l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, selon les informations recoupées par TechCrunch et Sifted.
Des modèles d’IA vocale issus du laboratoire Kyutai
Gradium a essaimé du laboratoire de recherche à but non lucratif Kyutai, lancé à Paris en 2023 avec 300 millions d’euros de soutien apportés par MM. Niel, Saadé et Schmidt. La société est dirigée par Neil Zeghidour, ancien chercheur passé par Google Brain, DeepMind et Facebook, aux côtés des cofondateurs Laurent Mazaré, Olivier Teboul et Alexandre Défossez.
L’entreprise développe des modèles de langage audio destinés aux interactions vocales à très faible latence. Son catalogue comprend, selon sa présentation, plusieurs briques pour développeurs.
- la synthèse vocale en temps réel
- la reconnaissance et la transcription de la parole
- la traduction vocale de bout en bout
- Phonon, un modèle pensé pour fonctionner directement sur les appareils
- GradBot, un cadriciel distribué en open source
Un rythme de publication présenté comme accéléré
Neil Zeghidour a mis en avant la cadence de développement de la société. « We are publishing new models almost every month, whereas development cycles are usually much longer », a-t-il déclaré à Sifted, soit un rythme de publication mensuel là où les cycles se comptent d’ordinaire en trimestres.
Le dirigeant a par ailleurs relié cette levée à la maturité du secteur. « L’IA vocale atteint un point d’inflexion. Porter notre financement à 100 millions de dollars et élargir notre base d’investisseurs marque une étape importante », a-t-il indiqué. Ces éléments de langage, propres à la société, resteraient à confronter à l’usage réel de ses modèles.
Un cap fixé sur le marché américain
Les fonds doivent servir à développer de nouveaux modèles, accélérer la feuille de route produit et financer un déploiement international, selon Gradium. La société prévoit notamment d’ouvrir un bureau à San Francisco, au coeur de la Silicon Valley, où se concentrent ses principaux concurrents et une partie des talents du domaine.
Ce positionnement place Gradium en confrontation directe avec les spécialistes américains de la voix de synthèse, sur un marché où la latence et le naturel des interactions font figure de critères déterminants. L’ouverture du bureau californien et les prochaines livraisons de modèles diront si le rythme mensuel revendiqué par la société se maintient face à des acteurs mieux établis.





